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Veut-il marcher sur les pas de Geroges Frêche ? Ses propos ont été tenus sur RMC le 14 janvier 2010
Après ses propos sur les harkis: lettre ouverte à Karim Zeribi

     

zeribiMonsieur,

Vous étiez l’invité de l’émission « Les Grandes Gueules » sur la radio RMC, le 14 janvier 2010, (émission animée par Alain Marchall et  Olivier Truchot). A cette occasion, vous avez commenté  un sujet d’actualité traitant des harkis. Vos commentaires (voir la transcription ci-dessous), prononcés de manière unilatérale, sans qu’existe une possibilité de réponse ou de débat,  appellent de ma part les  remarques suivantes :

  

-           Durant toute votre intervention, vous parlez de manière quasi systématique des « petits-enfants de harkis » alors même qu’à aucun moment, dans aucun reportage ou fait d’actualité, il n’a été question de "petits-enfants de harki", mais uniquement "d’enfants de harki". Dois-je  interpréter cette attitude comme une manipulation visant à donner, malicieusement,  davantage  de force à votre thèse sur l’illégitimité des descendants de harkis à traiter des questions qui les concernent ?

  

-          Je suis fille d’ancien harki et je me sens légitime, en tant que fille de harki, à demander à Nicolas Sarkozy de respecter son engagement du 31 mars 2007, de « reconnaître s’il était élu, la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis en 1962 ».

  

-          Je me sens légitime à le faire, en tant que fille de harki, car le sort de mes parents m’a beaucoup ému, et au-delà, le sort des harkis et de leurs familles.

  

-          Je me sens légitime à le faire (mais vous pouvez aussi me rejoindre) car, en tant que citoyenne, la manière dont la France s'est comportée, la manière dont elle persite dans le silence,  me révolte.

   

-          Je me sens légitime à le faire en tant que fille de harki, car nos parents n’ont pas toujours eu la chance de pouvoir s’exprimer, ils ne le voulaient pas ou ne le pouvaient pas. Si des enfants de harkis n’étaient pas intervenus pour faire progresser cette question, peu d’autres l’auraient fait, en tout cas dans un premier temps.

   

-          Je me sens légitime à le faire car j’ai vécu dans les camps de harkis pendant 15 ans et je ne pense pas avoir eu toujours droit, contrairement à ce que vous prétendez, à l’école républicaine, mais à un ersatz d’école, à l’intérieur même du camp,  animée parfois par des militaires… qui pouvaient être de bonne volonté, mais pas toujours. Je ne suis pas la seule à être dans ce cas, même si je m’estime plutôt privilégiée car j’ai bénéficié du soutien de la société civile, d’autres sans doute pas.

   

-          Aussi, compte tenu de la manière discriminatoire dont certains enfants de harkis ont été traités par rapport à leurs concitoyens de la même génération, je comprends que certains aient des reproches à faire à l’Etat français.

 

J’ai par ailleurs trouvé glauque et révoltant votre comparaison avec les petits-fils de nazi. Je pense que dans d’autres contextes de personnes qui ont été persécutées ou abandonnées dans l’histoire plus ou moins proche, vous ne l’auriez pas utilisée. Est-ce seulement une comparaison de mauvais goût ? Souhaiteriez-vous rejoindre le club des amis de Georges Frêche ?  J’ai mon idée là-dessus, mais, sans vous faire de procès d’intention, je serais curieuse de savoir ce qui  vous a  amené à utiliser cette comparaison. Je pense que les enfants de harkis que vous indiquez connaître le souhaiteraient également.

Enfin, pour alimenter réellement votre réflexion en vue d’une prochaine invitation dans les médias, où il n’est peut-être pas nécessaire de jouer tout le temps les « grandes gueules »,  je vous suggère de vous informer, en lisant par exemple « Les filles et fils  de harkis : entre double rejet et triple appartenance » de Régis Pierret (préface de Michel Wievorka, que vous connaissez sans doute, via l'association Terra Nova) aux Editions L’Harmattan. A défaut, des enfants de harkis ont également écrit et je pourrais, si vous le souhaitez, vous envoyer des références complémentaires.

Cordialement

Fatima Besnaci-Lancou

Vice-Présidente de l'Association Harkis et droits de l'Homme, chargée de la communication.

 Transcription de l’intervention de Karim Zeribi  (voir aussi le blog de RMC et ls commentaires)

-          Karim ?

KZ : Moi, à la différence de mes amis, l’incompréhension, elle provient de la revendication de cette génération, très sincèrement.

-          C’est-à-dire ?

KZ : Moi, je ne comprends pas comment on peut se définir petit fils de harki encore aujourd’hui au XXI ième siècle en 2010. On va se définir comment, petit fils de fellagha d’un autre côté ? Petit fils de pied noir ? Et on va demander des comptes à l’Etat français en fonction de ses ainés ? On est citoyen français, moi j’ai grandi avec des enfants de harki, moi je suis gêné quand ils se revendiquent encore, quand ils ont 40 ans, quand ils ont mon âge, comme enfant de harkis. Autant je peux comprendre la souffrance de leurs pères qui ont été lâché spar la France, comme on peut comprendre la souffrance de certain pieds noirs à qui on a fait croire effectivement qu’on maintiendrait…

-          Et régler le dossier il n’est pas réglé depuis 47 ans…

 

KZ : Régler le dossier…  Tu ne le règles pas avec les petits-enfants,  ils sont nés en France, formés par l’école républicaine. Ce sont des citoyens français, ils doivent se comporter comme tels. Si on commence, alors, petit-fils de nazi, on va demander des comptes aux allemands, on ne s’en sort plus, là, excuse moi. A  un moment donné, il faut qu’on soit dans le droit commun, il y a des dispositions pour les enfants de harki,  vous ne le savez peut-être pas, il y a des commissions  en préfecture. Jusqu’à quand cela va durer ?  C’est un sujet qui, à mon avis, divise plus qu’il ne fédère. Alors que pour les ainés encore vivants…

-          Pourquoi le Président de la république ne fait pas un grand discours, reconnaît la responsabilité comme Jacques Chirac l’avait fait en son temps sur la responsabilité de l’Etat français sous Vichy dans la déportation des juifs et comme ça on passe à autre chose ?

 

KZ : Qu’il fasse un grand discours, effectivement comme Chirac l’avait fait avec l’Allemagne,  sur l’Algérie

     -     On l’avait attendu longtemps, Mitterrand ne l‘avait pas fait ce discours…

 

KZ : Qu’il fasse un grand discours sur l’Algérie,  la guerre d’Algérie en 62 et autres, en intégrant les harkis mais en évoquant aussi les pieds noirs, et en évoquant aussi les nouveaux liens qu’il veut avec l’Algérie, oui, qu’il ait une posture nouvelle moderne pour évoquer ce point de l’histoire et j’allais dire,  rendre à chacun ce qu’il est en droit d’attendre  de l’histoire, ok,  mais avoir une revendication pécuniaire, financière, quand on est petit fils, cela me gène.

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